mardi 26 août 2014

Chapitre 5 : N’est-ce que bien après Tite-Live que le mot « crux » a pris le sens de « croix » ?

En plus de l’étymologie biblique, les auteurs mentionnent Tite-Live, historien romain du Ier siècle.  Ils affirment que dans ses écrits, la « crux désigne un simple poteau.  Ce n’est que plus tard que le terme a pris le sens de “ croix”. » 

Question 1 : est-ce que pour Tite-Live le mot crux désigne uniquement un simple poteau ?

a)      Tite-Live ne donne aucun renseignement sur la forme de la croix

Tite-Live mentionne plusieurs fois la croix (22.13.9/22.33.2/28.37.2/30.43.13/33.36.3/38.48.13, (1)), mais il n’en indique jamais la forme.  Par exemple : « Mago … les fit déchirer de verges et mettre en croix. »  (28.37.1 – 2).  Ce supplice des magistrats de la ville de Gadès a bien des points en commun avec celui de Jésus : ils sont battus de verges et cloués sur des croix. Mais, rien n’est indiqué sur leur forme : le contexte ne nous donne pas le moindre renseignement.    Signalons que ces événements se sont déroulés lors des années 207 – 205 avant notre ère. 

b)     Quand Tite-Live parle du poteau, il se sert du mot « palus »

Par contre, dans ces œuvres Tite-Live se sert aussi d’un autre mot latin, palus, pour désigner un poteau vertical : « va licteur, attache-le au poteau (deliga ad palum). »,  et « Ils furent attachés à un poteau (Deligati ad palum), frappés de verges et décapités. » (2)  Quand Tite-Live veut relater que quelqu’un a été supplicié au poteau vertical il se sert du mot palus. Alors, la crux peut représenter plus qu’un simple poteau !

Nous n'avons pas encore répondu à la question, pour y parvenir nous posons d'abord une deuxième, puis une troisième question :

Question 2 : est-ce seulement après la mort de Tite-Live en l’an 17 de notre ère que le mot « croix » a pris le sens d’une croix avec traverse ?

Les auteurs de l’Appendice affirment « Ce n’est que plus tard (après Tite-Live) que le terme a pris le sens de “croix”. »

Cette remarque nous amène à la question « cruciale » : puisque le sens des mots a évolué le long des siècles, à partir de quand le mot crux a-t-il également désigné une croix avec traverse ?

Nous partageons qu’à l’origine les différents mots désignaient un poteau ou un pieu, que son sens s’est élargi plus tard pour comprendre également la croix avec traverse.  Ainsi, il est clair qu’au temps de la reine Esther en Babylone Hamman et ses fils ont été pendus à une potence, et non à une croix dont l’existence n’est jamais attestée à cette époque.  Mais le récit d’Esther se situe 5 siècles avant notre ère !

Les auteurs de l’Appendice écrivent qu’au 1er siècle les mots « stauros, stauroô, xulon et crux » n’avaient rien à voir avec une croix avec traverse, que ce n’est que bien plus tard que ces mots ont revêtu la signification d’une croix avec traverse.  Ils n’apportent pas la preuve de leur affirmation.  Puisque tous les dictionnaires indiquent le sens de « croix » avec traverse, il fallait nécessairement apporter une preuve que les mots ne revêtaient pas encore cette signification au premier siècle de notre ère.

Question cruciale : à partir de quelle époque le mot crux a-t-il pris également le sens de croix avec traverse ?

Nous avons effectué des recherches dans les écrits de Plaute, auteur romain qui est décédé en l’an 184 avant notre ère, plus de 200 ans avant la crucifixion de Jésus.  Voici quelques citations (texte latin dans les notes) qui nous aident à saisir le sens du mot « crux » de son temps :

-        « Je l’admets, je lève mes mains ! Et plus tard, tu les maintiendras sur une furca. Allons vers la crucifixion ! » (furcis, crucem)
-            « Te voilà, je pense, dans la posture où il faudra bientôt mourir à la porte de la ville, les bras (étendus) sur le gibet (patibulum). »
-            « Oh, je parie que les bourreaux te regarderont comme un crible humain,  t’infligeant une multitude de trous lorsqu’ils te traîneront dans les rues, tes bras sur le patibulum … 
-            « Je porterai le patibulum à travers la ville ; je serai par la suite cloué sur la crux. » (3)

Ces citations démontrent que Plaute :
(1)     connaissait le patibulum (la barre transversale de la croix) et la furca (carcan)
(2)     savait que le supplicié étendait ses bras sur le patibulum
(3)     qu’il portait le patibulum jusqu’au lieu d’exécution
(4)     qu’il était sévèrement flagellé lors de son passage en ville
(5)     qu’il mourrait hors de la porte de la ville
(6)     que ce n’est qu’à cet endroit qu’il était cloué sur la croix.

Ainsi, du temps de Plaute, la croix était un poteau auquel le patibulum ou la furca était accroché.  Et s’il écrit cela avant 1’an 184 avant notre ère (p.ex. son oeuvre Miles Gloriosus est datée autour de l’an 205 avant J.-C.), cela démontre que la croix avec transversale était déjà connu depuis un certain temps.  Il devait être accepté dans ce sens depuis au moins 2-3 décennies au moment au Plaute écrit.  Nous affirmons donc que le mot « crux » revêtait la signification de croix avec traverse avant l’an 200 avant notre ère ! Les citations de Plaute montrent que la croix avec traverse était connue depuis plus de deux siècles quand Tite-Live écrivait. (4)

Résumé :

La signification du mot crux a évolué le long de l’histoire.  A l’origine il décrivait un simple poteau, plus tard il a revêtu le sens de la croix.
Les auteurs de l’Appendice, devant le témoignage massif des dictionnaires que le mot crux signifie également « croix », n’apportent pas de preuve qu’au premier siècle la crux ne désignait qu’un simple poteau sans traverse.
Nous avons apporté la preuve par l’auteur Plaute qu’avant l’an 200 avant notre ère, la crux désignait une croix avec traverse.  Par conséquence :
1) Il est donc faux d’affirmer que ce n’est que bien après le premier siècle de notre ère que le mot latin crux aurait revêtu la signification de croix avec traverse. 
2) Il est faux d’affirmer pour Tite-Live que le mot crux désigne uniquement le poteau.
3) Il est certain que Tite-Live connaissait la croix avec traverse.

Notes :

(1)   A Concordance to Livy, Packard, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1968 (différentes formes du mot crux)
(2)     Histoire Romaine, Tite-Live, 8.7.19 et 28.29.11. 
(3)     (a) (Do) “ Fateor, manus do vobis.
      (To) Et post dabis sub furcis.
               (Sag.) Abi intro—in crucem. ”
      Plaute.  T. Macci Comoediae.  Tomus II.  W.M. Lindsay, Oxford University Press    1980.  
      Persa 855 (p. 185 – 186)
       (b) “ Credo ego istoc exemplo tibi esse pereundum extra portam, Dispessis manibus patibulum quom 
             habebis. ”
             Plaute.  Comédies IV. Miles Gloriosus 359 – 360 (p. 196).  Texte par Alfred Ernout, « Les Belles 
             Lettres », Paris 1963.
       (c) “o carnuficium cribrum, quod credo fore, ita te forabunt patibulatum per vias stimulis (carnufices) …”
            Plaute.  T. Macci Comoediae. Tomus II. W.M. Lindsay, Oxford University Press 1980.  
            Mostellaria 55 – 57 (p. 85)
       (d) “ Patibulum ferat per urbum, deinde adfigatur cruci. ”
            Plaute.  T. Macci Comoediae.  Tomus II.  W.M. Lindsay, Oxford University Press 1980.  
            Mostellaria 55 – 57 (p. 85)
(4) Pour approfondir, nous recommandons la lecture des pages 19 - 24 de l'étude « Les Témoins de Jéhovah et la Croix", Leolaia, Jehovah's Witness Discussion Forum 1990.  Traduction et adaptation française par Jacques Luc, 2009.  Lien : http://www.aggelia.be/croix.pdf

  

Chapitre 6 : L’argument de Juste Lipse : en faveur du poteau ou de la croix ?


Puis, au milieu de la page 1703, l’attention de tout lecteur est attirée par une image d’un homme cloué sur un poteau, les mains au-dessus de la tête et les pieds sur la partie inférieure.  L’illustration provient du livre « De cruce libri tres » (Antverpiae, Ex Officina Plantiniana, 1606, p. 19) ouvrage écrit par Justus Lipsius, professeur d’université à Leyde (1578 – 1591) et à Louvain (1592 – 1606).   Il était un grand spécialiste des auteurs latins, plus particulièrement de Sénèque.  Encore aujourd’hui, on peut admirer dans le Musée Plantin Moretus à Anvers la chambre où il a travaillé après son retour de la  Hollande en 1592.  Sur la photo nous voyons la « chambre de Juste Lipse » avec la peinture « Les quatre philosophes » au-dessus de la cheminée et son propre portrait au-dessus de la porte.


D’origine flamande, né en 1547 à Overijse une quinzaine de km au sud-est de Bruxelles, il a suivi la Réforme et a contribué à la formation de centaines d’étudiants dans la nouvelle université de Leyde pendant 13 ans.  En 1591, il quitte les Pays-Bas, effectue un long périple en Allemagne, et arrive à Liège en1592.  Suite aux discussions avec l’Evêque d’Anvers Lievin Torrentius il revient au catholicisme.  Son
L'approbation de H. Cuyckius
dans l'édition de 1606
livre « De Cruce libri tres » a été 
rédigé en 1592, car la préface de la première édition imprimée à Paris est datée du 4 novembre 1592.  Signalons aussi l’approbation datée du 12 décembre 1592 d’Henricus Cuyckius, doyen de l’université de Louvain où il allait enseigner de longues années, également censeur des livres royaux.

            Son œuvre « De cruce libri tres », marque son retour au catholicisme : publiée durant la 1e année de son retour à l’Eglise romaine, acceptée par la censure, Juste Lipse a été nommé comme enseignant à l’université de Louvain.  Néanmoins, il a sans doute glané beaucoup de ses pensées le long des années à l’université de Leyde, attestant ainsi que le Latin était une langue importante de la formation des pasteurs en son temps. 

Page d'ouverture du livre
            « De cruce libri tres » a vu une dizaine d’éditions avant la fin du 16e siècle, suivis d’autres au 17e siècle, dont celle citée dans l’Appendice.  Pour notre étude, il n’y avait pas de meilleur endroit : c’est dans le Musée Plantin Moretus, là où l’œuvre a été imprimée, que nous l’avons consultée. 

            Pour clarifier la présentation, l’œuvre est un triptyque de trois livres qui forment un tout : après les introductions se trouve le Liber Primus (p. 13 – 34), puis le Liber Secundus (p. 35 – 53), suivi du Liber Tertius (p. 53 – 78), puis suivent les notes et l’index (p. 79 – 102).  

            Par l’image reproduite dans l’Appendice à la page 1703, l’impression est donnée que le grand érudit était convaincu que Jésus serait mort sur un poteau.  Beaucoup de Témoins de Jéhovah ont cru qu'il était un défenseur du poteau, il n'en est pas ainsi.  Les auteurs ne mentionnent pas que dans son livre se trouvent en total 13 représentations de crucifixion (1) :
1) deux (seulement !) sur un poteau, p. 19 et 67 (entouré d'un bûcher),
2) neuf sur une croix avec traverse.  Voici trois illustrations photographiées dans le livre : (2)

Croix en forme de Y, avec barre
traversale et avec  furca
Croix avec traverse, page 47
Chrétiens crucifiés et dévorés
par les fauves sous Néron



3) trois autres formes : cloué sur un arbre (p. 18), empalé sur un pieu (p. 20), et crucifié sur une croix d'André (p. 23).


Le poteau de Juste Lipse
 représenté dans l'Appendice
             Dans l'annexe 2 nous avons reproduit toutes ces illustrations, ce qui nous aide à mieux comprendre l'oeuvre de Juste Lipse.  Un élément qui ressort de la comparaison des différentes représentations de la croix, est que certaines étaient fixes, donc immobiles, tandis que d'autres pouvaient être enlevées, donc mobiles.  Et qu'en est-il du poteau représentée à la page 1703 de l'Appendice ? Il se situe parmi les poteaux et croix fixés dans le sol, immobiles ! Le poteau n'est pas tout à fait droit, il semble s'agir d'un vieux tronc d'arbre enraciné dans le sol, à la base poussent quelques petites herbes, il n'y a aucune cale comme pour les croix mobiles.  
            Alors, quelle croix Jésus a-t-il portée de Gabbatha à Golgotha (cf. Jean 19 : 13 - 17) ?!!

              Juste Lipse a représenté un grand nombre de formes de crucifixion, le poteau n’en est qu’une parmi d’autres, sa conviction était que Jésus mourut sur une croix.  Ainsi, l’argument de Juste Lipse est favorable à ceux qui affirment que Jésus a été cloué sur une croix avec traverse, car c’est en connaissance de cause que l’érudit n’a pas retenu le poteau pour la crucifixion de Jésus !

Résumé :

Dans le même livre, Juste Lipse a représenté neuf illustrations de crucifixion sur la croix avec traverse.
Il connaissait bien les différentes formes de crucifixion, dont celle sur le simple poteau.  Sa conviction pour la croix fait que l’argument de Juste Lipse est pour ceux qui affirment que Jésus est mort sur une croix.
L'illustration du poteau fixe pose la question quelle croix Jésus a portée ?! Cette question est peut-être plus sérieuse qu'elle ne le paraît ...

Notes :

(1)   Dans d’autres éditions, p.ex. celle de 1598, les illustrations peuvent être légèrement différentes, voire plus nombreuses !
(2) Les illustrations de la croix avec transversale se trouvent à la page 25, 47, 61 et 62 (sur une croix en Y, avec patibulum et furca), 65 (deux formes de crucifixion la tête en bas), 69 (dévoré par les animaux) et 88 (deux représentations) et une autre avec la furca accrochée au poteau.

Chapitre 7 : Appréciation des trois premiers arguments de H. Fulda


Après l’illustration de Juste Lipse, les auteurs de l’appendice citent H. Fulda qui avance quatre arguments dans son livre Das Kreuz und die Kreuzigung  (La croix et la crucifixion, p. 109, et 219 - 220), publié en 1875 à Breslau.  Nous avons vérifié les citations : elles sont exactes.  Nous partageons maintenant les trois premiers arguments du pasteur Fulda et nos réactions :

1)        Le manque d’arbres pour l’exécution publique

Il est intéressant à noter que la citation fait partie du paragraphe 14 qui porte le titre « Les différentes formes de la  croix. »  Il n’y avait donc pas qu’une seule forme de croix ! Dans cette citation, Fulda signale qu’on enfonçait une simple poutre dans le sol quand il manquait d’arbres.

Quand cela a pu être vrai notamment lors d’exécutions nombreuses, pour la crucifixion de Jésus nous formulons les observations suivantes :

1) Jésus était crucifié avec deux brigands, ce qui fait trois personnes sur trois croix. La situation était différente quand 2000 Juifs séditieux ont été crucifiés après la mort de Jésus, ou les 500 Juifs crucifiés tous les jours lors du siège de Jérusalem en l’an 70.
2) A Jérusalem il y avait bon nombre d’arbres, notamment des oliviers.  Les arbres ne manquaient pas. La situation de Jérusalem ne correspond pas aux situations où par manque d'arbres un poteau était utilisé.
3) L’occupant romain montait des poteaux (stipes) à un endroit de grand passage hors de la ville comme signe d’avertissement, la crucifixion servait également à mater la population des provinces récalcitrantes.  Même à Rome, sur les pentes de l’Esquilin, il y avait de nombreux poteaux à demeure. (1)
4) Enfoncer un poteau dans le sol pour qu’il tienne le poids d’un homme n’est pas si facile : il fallait creuser un trou d’au moins 60 cm (certains parlent d’un mètre) pour qu’il tienne ferme.  Le sol de Jérusalem étant rocailleux, c’était d’autant plus compliqué.  Arrivant sur le lieu d’exécution, il est difficile à concevoir qu’à ce moment-là les soldats ont dû creuser trois trous assez profonds pour que les poutres tiennent.  Il est plus cohérent de supposer qu’à Jérusalem les poteaux verticaux étaient déjà dressés sur le lieu d’exécution, comme c’était le cas ailleurs dans l’empire romain.

2)        Jésus est exécuté sur un poteau car son usage était habituel dans le Moyen-Orient.

Nous partageons avec l’auteur que la mise au poteau était répandue dans le Moyen-Orient et particulièrement en Grèce. 

Par contre, nous mettons en évidence la dimension romaine de l’exécution de Jésus.  La crucifixion sur une croix avec traverse s’était répandue dans le monde romain dès l’an 200 avant notre ère au plus tard.  Du temps de Jésus, la Judée était occupée par les romains depuis près d’un siècle (depuis l’an 63 avant notre ère, Jésus meurt en l’an 33).  Ponce Pilate était le gouverneur de Rome à Jérusalem, il avait droit sur la vie et la mort, droit que le Sanhédrin n’avait pas.  Les Juifs connaissaient 4 formes de mise à mort : la lapidation, décapitation, strangulation, et par le feu. (2)  La crucifixion ne relevait pas de la Loi juive.  Jésus était exécutée sous l’autorité du gouverneur romain, les soldats qui l’entouraient étaient romains, sa crucifixion était une forme romaine d’exécution : il n’a pas été pendu à un poteau après avoir être tué, ce qui aurait été conforme à la Loi juive, mais il y fut cloué vivant.   Le cadre romain est clairement attesté lors de la crucifixion de Jésus, les textes des Evangiles donnent de nombreux renseignements.

Pour appuyer son affirmation, Fulda prétend qu’il n’est pas concevable que la croix soit gardée en dépôt par la cour suprême pour le moment venu (p. 220).  A cela nous répondons :

1) qu’en beaucoup d’endroits plusieurs poteaux étaient érigés en permanence pour le cas où quelqu’un serait exécuté.   Cela a sans doute aussi été le cas à Jérusalem, qui historiquement avait la réputation d’être une ville rebelle ;
2) que l’armée romaine de Jérusalem était bien organisée, comme nous le voyons de la façon dont Paul est exfiltré de la ville par une troupe de pas moins de 470 miliciens (3).  Cette bonne organisation démontre que les soldats étaient capables d’exécuter convenablement les ordres.  La bonne organisation implique que divers patibula étaient prêts au cas où ;
3) qu’il était facile de prendre les patibula, de les faire porter par les condamnés, et de les hisser sur les poteaux déjà en position.  Leur poids se situait autour des 30 – 50 kg ;
4) que d’autres crucifixions ont eu lieu auparavant à Jérusalem : déjà en l’an 88 avant notre ère, le roi hasmonéen Alexandre Jannée a fait crucifier 800 pharisiens à Jérusalem.  Ces crucifixions ont été lourdement condamnées par les sacrificateurs, ainsi en atteste le Pesher Nahum de Qumran (4Q169 frags. 3–4), cité par Jodi Magness (4).  Ainsi, Pilate n’avait rien à improviser ou produire sur place.

3)        Le récit de la passion de Jésus plaide pour le poteau.

Fulda avance plusieurs arguments : 1) la grande hâte avec lequel les événements se sont déroulés ; 2) Pilate aurait été pris au dépourvu : il n’y avait pas le temps de trouver scie, hache, ciseau et foreuse pour fabriquer une croix avec deux traverses (p. 220) ; 3) Il avait autre chose à faire qu’inventer une punition encore plus pénible que celle du poteau.

Voici nos arguments :
-    La crucifixion avec traverse existait depuis plus de deux siècles dans l’empire romain, Pilate n’avait rien à inventer.
-      L’armée et la justice étaient bien organisées, les poteaux étaient érigés comme ailleurs, les patibula étaient prêts, il n’y avait rien à fabriquer. 
-     Pilate était pris au dépourvu quant à son entretien avec Jésus : il n’était pas à l’aise, ni avec Jésus, ni avec les autorités juives qui réclament la peine capitale.  Par contre, il n’a pas été pris au dépourvu quant à la croix que Jésus a porté, ni quant aux croix des deux autres crucifiés.  Le fait qu’il exécute trois personnes en même temps montre que tout était prêt : Pilate était prêt quant à la préparation matérielle des choses au cas où plusieurs exécutions devraient avoir lieu.  La crucifixion des deux brigands en même temps montre que Pilate n’est pas pris au dépourvu.
-   Et si Jésus n’a pas porté le patibulum, de quelle croix s’est-il alors chargé ? Le poteau était beaucoup trop long et surtout trop lourd pour le transporter, en général ils étaient déjà érigés sur le lieu d’exécution comme signe d’avertissement. (5)  Il n’a certes pas porté le panneau d’inscription, ni la planche pour les pieds s’il y en avait un, ni la sedula (planche sur laquelle prendre appui avec les fesses).  Jamais la question « Quelle croix Jésus a-t-il porté si ce n’était pas la traverse ? » n’a reçu de réponse.  Ainsi, le récit de la passion plaide pour le patibulum, donc pour la croix avec traverse !

Résumé :

Dans l’Orient, les Grecs pendaient souvent les victimes au poteau, mais à Jérusalem  Rome règnait.  L’organisation de l’armée et de la justice romaine impliquent qu’un certain nombre de poteaux était érigés hors de la ville de Jérusalem et que des patibula étaient prêts.
Dans le récit de la passion, le fait que Pilate crucifie en même temps 3 personne montre qu’il était équipé et prêt à toute éventualité.  Le récit de la passion indique que Jésus, très probablement, a porté sa croix : le poteau était trop lourd (entre 75 – 100kg), trop pour un homme qui a subi le fouet.  Vraisemblablement Jésus a porté le patibulum.  Celui qui ne partage pas cet avis doit expliquer quelle croix Jésus a porté !
Notre conclusion est que le récit de la passion plaide pour la croix avec traverse.

Notes :

(1)  « La passion de N.-S. Jésus-Christ selon le chirurgien », Pierre Barbet, Paris 1977. Cité via : http://mondieuetmontout.com/Pierre-Barbet-Docteur-Archeologie-Crucifixion.htm
(2)     Cité par Jody Magness, « Ossuaries and the Burials of Jesus and James », Journal of Biblical Literature, 124/1 (2005) p.142, voir aussi notre 97.
(3)   La décision de l’exfiltration de Paul de Jérusalem est prise sur base d’une information pertinente, exécutée seulement quelques heures plus tard : vers 9h le soir 200 soldats, 70 cavaliers et 200 archers se sont mis en route.  C’est une mobilisation rapide d’une grande partie de la garnison romaine de Jérusalem, et cela pour amener un seul homme, lui aussi en cheval, à Césarée (Actes 23 : 22 – 32). 
(4)     Même référence que sous (1)
(5)     « La crucifixion … était aussi un moyen de mater les villes qui s’étaient révoltées … de briser la volonté des peuples conquis, de ramener à la raison les troupes en révolte et les provinces remuantes. » La crucifixion dans l’antiquité et la folie du message de la croix, M. Hegel, Paris 1981, p. 64 – 65. 

Chapitre 8 : Les Pères de l’Eglise ont-ils enseigné que Jésus était cloué sur un poteau ?

Le quatrième argument de Fulda retient plus particulièrement notre attention : « de nombreuses déclarations des premiers Pères de l’Eglise » appuieraient la mort de Jésus sur un poteau (Appendice, p. 1703, 5e paragraphe, lignes 20 – 23).  Est-ce vrai ??? 

Nous répondons à cette question en cherchant dans les œuvres mêmes des Pères apostoliques et des Pères d'Eglise.

1)      Le témoignage des écrits chrétiens du premier siècle de l’Eglise (an 33 – 135)

Nous avons lu in extenso l’ensemble de la littérature chrétienne du premier siècle après la crucifixion de Jésus pour relever toutes les citations de la croix.  Nous nous intéressons particulièrement à sa forme : s’agit-il du poteau ou de la croix avec traverse ?  Nous avons étudié chaque mention de la croix dans son contexte.  Voici la liste des œuvres étudiées, leur datation, le nombre des mentions de la croix, et s’il y a une information quant à sa forme, nous n’avons indiqué.

Œuvres (1)
Datation
Nombre de citations de la « croix »
Indication quant à la forme




Didachè
  60
  0
-
Première épître de Clément
  96
  0
-
Les 7 lettres d’Ignace d’Antioche
110
  8
1 fois
Deuxième épître de Clément
120
  0
-
Fragments de Papias
130
  0
-
Epître de Barnabé
130 (ou +/- 75 ?!)
10
1 fois
Lettres de Polycarpe aux Philippiens
135
  2
-
Le pasteur d’Hermas
135
  1
-

Même quand les premiers auteurs chrétiens ne citent pas explicitement la « croix », ils parlent du « sang de Jésus-Christ » qui a offert « sa chair » et « sa vie » pour ceux qui croient (1 Clément 7 : 4, 21 : 6, 49 : 6).  Avant l’an 110, Ignace affirme la réalité historique de la mort de Jésus : « Véritablement percé de clous pour nous en sa chair, sous Ponce Pilate et Hérode le tétrarque.  Et c’est au fruit de la croix, à sa divine et bienheureuse passion que nous devons d’exister. » (Lettre aux Smyrniotes, 1.2, cf. Lettre aux Tralliens 9.2).  La mort de Jésus leur permet de mettre l’accent sur sa résurrection, dont la réalité corporelle est mise en évidence (Lettre aux Smyrniotes, 3. 1 – 3).  La mort de Jésus est largement confirmée, la croix est mentionnée par Ignace dans 5 de ses 7 lettres, puis 10 fois par Barnabé. 

Par contre, ce n’est pas la forme de la croix qui préoccupe les auteurs : l’importance est que Jésus a donné sa chair et son sang pour notre salut, pour nous attirer à Dieu (1 Clément 7 : 4). 

Dans toutes les citations de la « croix », ainsi que celles moins fréquentes du « bois » sur lequel Jésus est mort (p.ex. Barnabé 5.13 et 12.7), aucune indication n’est donné sur la forme, sauf à deux occasions :

Ignace d'Antioche

a)        Ignace dans sa lettre aux Ephésiens 9 : 1

Voici la citation d’Ignace :

« Vous êtes les pierres du temple du Père.  Vous avez été élevés jusqu’au faîte par l’engin de Jésus-Christ, qui est la croix, et par le câble du Saint-Esprit. »

Le père apostolique utilise une terminologie chère aux chrétiens, celle de « pierres vivantes » (cf. 1 Pierre 2 : 5) qui se mettent ensemble pour former la maison spirituelle de Dieu.  Ignace emploi l’exemple d’un engin, c’est-à-dire d’une grue qui hisse les pierres à la bonne hauteur pour construire la maison de Dieu.  Il compare la croix à une grue de son temps.

La forme exacte de la grue n’est pas décrite, mais quelques questions nous aideront :
1)             Peut-il s’agir d’une grue avec poteau incliné ou même mobile ? Tout le monde affirme que Jésus a été crucifié sur un poteau ou une croix vertical, une grue avec poteau inclinée est donc exclue.
2)             Cette grue pouvait-elle être un simple poteau vertical ? Il est impossible de hisser des pierres ou
Grue militaire reproduite dans une des oeuvres
de Juste Lipse
autre matériaux juste contre un poteau vertical
.  Celui-ci ne peut être concerné par la pensée d’Ignace.                         
3)             Quelle est la possibilité restante : celle d’une grue composé d’un poteau vertical et d’une barre horizontale qui permettait d’un côté de lever les matériaux, et de l’autre côté de l’actionner.  Nous ne pouvons pas dire plus, dans cette discussion il suffit d’affirmer qu’Ignace comparaît la croix de Jésus à une grue composée d’un poteau verticale et d’une barre horizontale.  Voici l’illustration d’une grue antique par Juste Lipse

b)       Barnabé dans son épître au chapitre 9 : 8

Ce passage dans l’épître de Barnabé explicite la forme de la croix de Jésus. Voici la citation :

« « Et Abraham, est-il dit, circoncit dix-huit et trois cents hommes de sa maison. » Quelle connaissance lui avait-il donc été accordée ? Apprenez-le.  Il  nomma d’abord dix-huit puis, séparément, trois cents.  Dix-huit s’écrit Iota (dix), êta (huit).  Cela fait Jésus, IÊSOUS.  La croix en forme de T devait apporter la grâce.  Il ajoute donc Trois cents.  Il exprime Jésus par deux lettres, la croix par la troisième. » (Barn. 9.8). 

Pour l’auteur, il s’agit d’une interprétation de Genèse 14 : 14 où les 318 serviteurs d’Abraham sont mentionnés.  La valeur numérique de 18 représente Jésus, le chiffre 300, valeur numérique de la lettre Tau (T), représente la croix.  Jésus devait donc mourir sur la croix en forme de T.  Nous pouvons ne pas partager le raisonnement de Barnabé (de toute façon son argument ne tient pas car le texte original est rédigé en hébreu, pas en Grec), ce qui est clair c’est qu’il indique que la croix de Jésus avait la forme de T (crux commissa).  La façon non-polémique dont il parle de ce sujet démontre que bon nombre de chrétiens de son temps concevaient bien la croix sous cette forme. 

Datation : l’épître de Barnabé est difficile à dater, elle se situe quelque part entre la destruction de Jérusalem en l’an 70 et la révolte de Bar-Kokheba en 132.  Deux écoles existent : ceux qui datent l’épître tardivement vers l’an 130, et d’autres qui la situent au milieu des années 70 (cf. J.A.T. Robinson, Redating the New Testament).  Il est impossible de trancher avec certitude.  De toute façon, moins d’un siècle après la mort de Jésus, l’épître de Barnabé nous apprend que pour les chrétiens de son temps la croix avait une barre transversale. 

Autre fait significatif, pendant tout le premier siècle qui suit la mort de Jésus, aucun auteur chrétien ne représente la croix sous forme de poteau !

Résumé des 100 ans qui suivent la mort de Jésus :
1)        Il n’y a aucune mention de la forme du poteau comme instrument de supplice de Jésus
2)        La citation d’Ignace exclut le poteau
3)        Les citations d’Ignace et de Barnabé attestent que les chrétiens concevaient la croix avec traverse
4)        Datation : de façon évidente la croix avec averse est attestée peu avant l’an 110 pour Ignace et vers l’an 130 pour Barnabé.  Il est pourtant possible que l’épître de Barnabé date du milieu des années 70, mais dans l’état actuel des connaissances c’est impossible de l’affirmer.
5)        La première mention évidente de la croix avec traverse, celle d’Ignace, se situe  plus de 140 ans avant « le milieu du IIIe siècle » mentionné dans l’appendice !

2) Le témoignage des Pères d’Eglise du second siècle de l’histoire de l’Eglise (135 – 230)

Puisque la littérature est beaucoup plus abondante durant cette époque, nous avons cherché les références des passages où les Pères dissertent sur la croix, pour les étudier dans leur contexte.  (2)
 
Justin Martyr

Justin Martyr dans son Dialogue avec Tryphon, rédigé entre l’an 150 et 155, donne deux indications précieuses par rapport à la croix de Jésus. 

La première est celle de Moïse soutenu par Aaron et Hur qui « priait Dieu, les mains étendues de chaque côté … cette attitude qui imitait la croix ».  Pour Justin, la position de Moïse les mains étendues préfigure Jésus les mains étendues, ce qui correspond à la croix avec tranverse.  Il se base sur les « Ecritures de Moïse », particulièrement sur Exode 17 : 9 - 12.   Pour Justin, Jésus – représenté par « le signe de la croix » de Moïse – a permis aux Israélites de gagner la bataille. (Dial. 90, 4 – 5, la pensée était déjà évoquée par Barnabé 12. 1 - 3). 

La deuxième indication est la mention du taureau avec ses cornes dans la bénédiction de Joseph en Deutéronome 33 : 17.  Il la cite d’après la version grecque de la Septante où il est question des « cornes de celui qui n’a qu’une corne ».  La corne unique  représente la croix : « Les cornes de l’unicorne … : la pièce de bois unique est verticale, sa partie supérieure s’élevant en corne lorsque l’autre pièce de bois s’y trouve ajustée ».  Les cornes au pluriel représentent les extrémités de la poutre horizontale : « de chaque côté, comme des cornes adjointes à cette corne unique apparaissent les extrémités. »  C’est à partir d’un texte du Pentateuque que Justin affirme que la croix de Jésus était composée d’une poutre verticale et d’une autre poutre horizontale, croix manifestement en forme de T.  Nous recommandons la lecture de l’ensemble des paragraphes 86 – 96 du Dialogue avec Tryphon). 
 
Irénée de Lyon

Irenée de Lyon, vers l’an 180, décrit la croix de la façon suivante : « La structure de la croix présente cinq extrémités, deux en longueur, deux en largeur et, au centre, une cinquième sur laquelle s’appuie le crucifié. » (Contre les Hérésies, Livre 2. 24,4).  Le grand apologète décrit ici la crux immisca : les deux extrémités du poteau vertical, les deux extrémités de la barre horizontale et le sedile au milieu de la croix.  C’est la première mention explicite de la « croix latine ».  Signalons que pour Irénée les  textes des 4 Evangiles sont essentiels et suffisent pour connaître la vérité sur Dieu.  Il est aussi significatif de savoir qu’Irénée était un disciple de Polycarpe qui lui a connu l’apôtre Jean, seul apôtre dont le nom est mentionné devant la croix de Jésus. 

Tertullien
Tertullien, vers l’an 197, parle du Christ sous l’image d’un taureau mentionné en Deutéronome 33 : 17 : « Ce taureau mystérieux, c'est Jésus-Christ, juge terrible pour les uns, rédempteur plein de mansuétude pour les autres. Ces cornes, ce sont les extrémités de la croix; ...  Enfin, l'oryx à la corne unique, désigne le tronc de l'arbre sur lequel il s'étendra. » (3) Il décrit la croix comme composé d’une barre horizontale avec des extrémités, et d’une poutre verticale.  Dans la même phrase, il cite le mât du navire avec sa vergue comme

navire grec 
image de la croix du Seigneur.  Dix ans plus tard, dans son livre Contre Marcion, il commente Dt. 33 : 17 : « Par cet animal était signifié le Christ … lui dont les cornes devaient être les extrémités de la croix (4) (et effectivement, dans la traverse qui est une partie de la croix, les extrémités s’appellent cornes) ; quant à la corne unique, elle devait être la barre au milieu du poteau.  Car c’est par cette puissance de la croix et en étant pourvu de cette sorte de cornes … » (4). Il se sert du même argument que Justin, mais avec quelques nuances.  Manifestement, pour Tertullien la croix de Jésus était composée du poteau vertical surmonté d’une traverse horizontale.  C’est ce qu’il confirme quelques chapitres plus loin où il mentionne le signe Tau dans le prophète Ezéchiel (9 : 4) : « Il s’agit de la lettre grecque Tau, de notre lettre T, en forme de croix … » (5). Tertullien représente la croix comme un poteau vertical surmontée de la traverse, il s’agit de la crux commissa en forme de T.  Jamais Tertullien parle de la croix comme d’un poteau simple (cf. d’autres mentions de la croix : 1. 25, 3 ; 2. 27, 2 ; 3. 11, 9 ; 18 et 19, 23. 3 et 5, et dans d’autres livres).  La pratique de signer les chrétiens par la croix mentionnée par Tertullien montre que la forme de la croix est largement adoptée par les chrétiens et sans doute depuis une période assez longue.

Clément d'Alexandrie

Clément d’Alexandrie, décédé vers 215, écrit dans les Stromates 6. 84,3 « Or, par sa forme, la lettre qui représente 300 est, dit-on, une figure du signe du Seigneur … ».  Il reprend le même raisonnement que Barnabé dans son épître : la lettre qui représente le chiffre 300 est le Tau grec comme préfiguration de la croix de Jésus.  Sa terminologie « dit-on » atteste que la conception de la croix de Jésus en forme de T était largement répandue.   Il ne l’a pas seulement appris de l’épître de Barnabé, le « dit-on » démontre qu’une bonne partie des chrétiens égyptiens concevait la croix de Jésus en forme de T.

Origène
3) Le témoignage d’Origène

Origène, grand théologien et bibliste de l’Eglise d’Alexandrie en Egypte, puis en Césarée en Israël, mort entre 252 et 254 suite aux tortures subies sous la persécution de l’empereur Dèce, écrit dans son commentaire sur Ezéchiel 9 : 4 que le Tau est la forme de la croix (Selecta In Ezech. 9 : 4 (M.13.801A).  Nous avons cité ce texte d’après la Patristic Greek Lexicon de Lampe.

Résumé :

1)   Durant les années 135 – 250, plusieurs Pères d’Eglises mentionnent explicitement la croix avec traverse : généralement représentée sous forme de T (Justin, Tertullien, Origène, à la suite de Barnabé), seul Iréné la représente sous la forme de la « croix latine ».
2)   Ces « Pères »  représentent toutes les régions : Barnabé (Moyen-Orient), Justin Martyr (Rome), Irénée (Lyon), Tertullien (Carthage), Origène (Alexandrie/Césarée), ce qui indique que la croix avec traverse était adoptée par toutes les Eglises dans toutes les régions.
3)     La forme de la croix est discutée à partir de textes bibliques.  Nous pouvons avoir nos réserves par rapport à leur lecture typologique, mais il reste que la source essentielle pour les auteurs était le texte biblique.  Une autre source est la tradition orale, comme Irénée, disciple de Polycarpe qui a connu Jean, seul apôtre mentionné de nom devant la croix.
4)        Il n’y a aucune perception d’influence païenne comme source de la croix en forme de T ou de croix latine.
5)        Aucun Père d’Eglise ne représente la croix sous forme d’un poteau simple.

Tableau récapitulatif

Date
Forme de la croix
Auteur
Œuvre
  75 ?
T
Barnabé
Epître de Barnabé
110
avec traverse
Ignace
Ephésiens 9 : 1
130
T
Barnabé
Epître de Barnabé
155
T
Justin Martyr
Dialogue avec Typhon
180
U
Irénée
Contre les Hérésies
197
207
T
Tertullien
Contre les Juifs
Contre Marcion
215
T
Clément d’Alexandrie
Stromates
220
avec traverse
Minucius Felix
Octavius
250
T
Origène
Commentaire Ezéchiel

Conclusions :

Dès les écrits chrétiens les plus anciens, dès plus de 140 ans avant le milieu du 3e siècle, dans toutes les régions de l’Empire Romain les auteurs chrétiens affirment explicitement que Jésus a été cloué sur une croix avec traverse.  La forme la plus souvent retenue est celle du T, Irénée retient la croix latine, Ignace et Minucius Felix indiquent seulement que la croix avait une traverse.  Leur source principale est la Bible, sans doute aussi la tradition orale.  Les Pères d’Eglise ne mentionnent jamais le poteau simple comme instrument de supplice  Contre Fulda et la citation dans l’Appendice, nous affirmons que les nombreuses déclarations des premiers Pères d’Eglise attestent que Jésus a souffert sur une croix avec traverse.

(1)      Les Pères apostoliques, Ecrits de la primitive Eglise.  Traduction et introduction de France Quéré, Editions du Seuil, 1980, 253 p.  Le Pasteur Hermas, Robert Joly, Paris 1986.
(2)          A Patristic Greek Lexicon, G.W.H. Lampe, Oxford 1961.
(3)          Contre les Juifs chapitre X, § 2.
(4)        Contre Marcion Livre III.18, 4, Tertullien, Sources Chrétiennes N° 399 par René Braun, Le Cerf, Paris 1994 (texte latin à gauche, texte français à droite)

(5)          Contre Marcion Livre III. 22, 5 et 6.